Qu'est-ce que l'épidémiologie ?
L'épidémiologie est la discipline de base de la santé publique. Elle ne s'intéresse pas au malade isolé, comme la clinique, mais à la population : combien de personnes sont touchées, qui, où, quand, et pourquoi.
Définition de référence (Brian MacMahon)
L'épidémiologie est l'étude de la distribution des maladies et des déterminants de leur fréquence dans les populations humaines.
Brian MacMahon (1923-2007) est considéré comme l'un des pères fondateurs de l'épidémiologie moderne, en particulier pour les maladies chroniques. Il a dirigé pendant plus de 30 ans le département d'épidémiologie de l'École de santé publique de Harvard.
Une définition plus récente, reprise par l'OMS, ajoute la finalité de la discipline : étudier la distribution et les déterminants des états de santé dans une population, et appliquer ces connaissances à la maîtrise des problèmes de santé.
Retenir la définition en trois mots
Distribution (qui, où, quand ?), déterminants (pourquoi ?), action (que faire ?).
Un peu d'histoire : John Snow et le choléra de Londres
L'étude la plus célèbre de l'histoire de l'épidémiologie date de septembre 1854, à Londres, lors d'une épidémie de choléra.
La pompe de Broad Street
Le médecin John Snow reporte sur une carte l'adresse de chaque décès. Les cas se regroupent autour d'une pompe à eau du quartier de Soho. Il montre aussi que le risque de choléra dépend de la compagnie qui distribue l'eau du foyer. Sur sa recommandation, la poignée de la pompe est retirée.
Snow montre ainsi que le choléra se transmet par l'eau contaminée, bien avant que le vibrion cholérique soit reconnu comme son agent (travaux de Robert Koch, 1883-1884).
Ce qu'il faut retenir pour le concours
John Snow a identifié le mode de transmission sans connaître l'agent causal. C'est toute la force de l'épidémiologie : on peut agir efficacement sur un problème de santé avant d'en connaître le mécanisme biologique.
Ces travaux sont considérés comme la véritable naissance de l'épidémiologie moderne. Ils illustrent déjà les trois questions de base : qui est malade, où et quand.
Les trois branches de l'épidémiologie
Descriptive, analytique, évaluative
La démarche suit toujours le même ordre : la phase descriptive décrit le problème selon la personne, le lieu et le temps, puis la phase analytique cherche ses causes et teste des hypothèses.
Le trio « Personne, Lieu, Temps »
Toute description épidémiologique répond à ces trois axes :
- Personne : âge, sexe, profession, statut vaccinal…
- Lieu : région, quartier, établissement…
- Temps : date de début, saison, tendance sur plusieurs années…
Les cinq fonctions de l'épidémiologie
- La surveillance épidémiologique : suivre en continu l'évolution des maladies pour réagir à temps.
- La mesure de l'importance des problèmes de santé : combien de cas, de décès, quel coût ?
- La recherche étiologique : identifier les causes et les facteurs de risque.
- L'identification des groupes à risque élevé (GARE) : cibler les personnes à protéger en priorité.
- L'évaluation des programmes, des actions et des services de santé.
GARE
Groupes À Risque Élevé : un sigle classique des sujets d'examen
Les domaines de l'épidémiologie
L'épidémiologie ne se limite pas aux maladies infectieuses. Elle s'applique à tout phénomène de santé :
- les maladies chroniques : cancers, diabète, maladies cardiovasculaires ;
- les accidents de la circulation et domestiques ;
- la santé mentale et le suicide ;
- le tabagisme et les autres comportements à risque ;
- l'épidémiologie génétique : le rôle de l'hérédité dans la distribution des maladies ;
- l'épidémiologie clinique : l'application des méthodes épidémiologiques aux décisions de soins (diagnostic, pronostic, traitement).
À quoi sert l'épidémiologie pour l'infirmier ?
- Comprendre les indicateurs utilisés dans les rapports et les plans de santé.
- Participer à la surveillance : déclarer les maladies à déclaration obligatoire, repérer un regroupement inhabituel de cas.
- Prendre part aux enquêtes et aux campagnes de prévention.
- Lire de façon critique une étude et son niveau de preuve.